Girlfriend Experience

  John jeta le corps sans vie de Gabriella dans le coffre de la voiture. La jeune fille avait perdu beaucoup de sang et il en avait partout sur les bras et sa chemise. Il ferma la malle en laissant l'empreinte sanglante de ses mains sur la carrosserie.

  Il sauta dans son véhicule et le fit démarrer en trombe. En jetant un coup d’œil à sa montre; il se dit qu'il pourrait arriver à temps.

  L'homme enfonça la pédale de l'accélérateur, doubla les autres voitures en klaxonnant, grilla un feu rouge, prit un virage serré en faisant crisser les pneus; si on avait été dans un film, un enjoliveur se serait peut-être détaché, mais pas ici.

 Et après le virage, John enfonça la pédale du milieu et les pneus laissèrent de la gomme sur la chaussée. La voiture s'était arrêtée à  quatre ou cinq mètres d'un policier debout sur la route, le bras tendu, la main relevée, et vidant ses poumons dans son sifflet.

  L'agent s'approcha en faisant signe au conducteur de baisser la vitre, lequel s'exécuta, un sourire embarrassé sur les lèvres. Le policier remarqua alors le sang sur les mains et les vêtements de John; il sortit son arme et la pointa en direction du chauffeur.

 

  - Sortez du véhicule, monsieur, et laissez vos mains bien visibles ! ordonna-t-il.

 

  - Euh, monsieur l'agent, ce n'est pas ce que vous croyez, je...

 

  - Sortez, je vous prie ! Et posez vos mains sur le toit du véhicule, allez !

 

  John obéit sans discuter. Le policier le fouilla, mais ne trouva aucune arme. C'est alors qu'il remarqua les traces de sang sur le capot du coffre.

 

  - Veuillez ouvrir la malle ! exigea le représentant de l'ordre.

 

  John prit les clés sur le contact, en évitant de faire des gestes brusques. Le flic tenait toujours son arme pointée vers lui, et il semblait un peu nerveux.

  John ouvrit le coffre. Le policier vit ce qu'il y avait dedans. Il fronça les sourcils, puis afficha un sourire de soulagement.

 

  - Ce n'est que ça, dit-il en rengainant son arme. Je suis rassuré. Veuillez m'excuser de vous avoir prit pour un individu ayant commis un acte irréparable. Mais vous devriez éviter de vous promener avec du sang sur vous. Cependant, vous avez commis un excès de vitesse, et je vais devoir vous verbaliser, monsieur.

 

                                                               *

 

  Quelques minutes plus tard, John repartait avec une contravention de 500 zouros à payer.

  Dès qu'il fut hors de vue du policier, il écrasa la pédale de l'accélérateur. Il pouvait encore arriver à temps!

   Après plusieurs refus de priorité à droite sans gravité, il parvint devant les bâtiments de la société LeRoux.

 

 "Ouf ! Ils sont encore ouverts," constata  John avec bonheur.

 

  Il sortit de la voiture en courant et entra dans le bureau de réception comme une tornade ce qui fit sursauter l'employé somnolent qui se trouvait là.

 

   - Vous désirez  monsieur ? demanda ce dernier.

 

   - J'ai eu un  problème avec ma compagne Gabriella, un accident affreux s'est produit. J'ai absolument besoin d'une remplaçante pour ce week-end !

 

  - Je suis désolé, monsieur, mais nous allons fermer dans quelques minutes et je crains qu'il vous faille attendre jusqu'à lundi pour...

 

  - Veuillez appeler votre chef Angus, s'il vous plait. C'est un ami à moi. Dites-lui que John l'attends ici.

 

  L'employé soupira puis sortit par une porte au fond de la pièce et revint moins de deux minutes après, accompagné d'un homme athlétique au crâne dégarni.

 

  - John, qu'est-ce-qui se passe ? demanda celui-ci d'un air inquiet. Un problème avec Gabriella ?

 

   - En effet. Viens, je vais te montrer; elle est dans ma voiture.

 

  Les deux hommes sortirent. John ouvrit le coffre, dévoilant le corps à moitié dévêtu et couvert de sang de Gabriella. La chair était profondément entaillée par endroit, et les deux bras avaient été complètement déchiquetés; des fils électriques coupés en sortaient, pendouillant lamentablement. Quelques microprocesseurs et des pièces métalliques étaient visibles sous la peau déchirée. Du sang synthétique, mêlé à du liquide de refroidissement, coulait encore un peu de la bouche entrouverte.

 

  - Mon Dieu, mais que lui est-il arrivé ? interrogea Angus.

 

  - Eh bien,  j’étais en train de lire le journal sur la terrasse. Gabriella, elle, arrosait les fleurs du jardin, quand, tout d'un coup, la tondeuse automatique qui, jusqu'à présent, coupait l'herbe sans problème, s'est mise à tourner dans tous les sens avant de foncer sur Gabriella qui n'a rien pu faire pour l'éviter! C'était horrible à voir! La tondeuse était incontrôlable, j'essayais de l'arrêter avec la commande à distance, mais ça ne fonctionnait pas. Alors, j'ai pris une jardinière en plomb, et je l'ai balancée sur cette fichue machine. Ca a suffit pour la démolir. Mais Gabriella était hors service. Bon sang, je me suis dit que j'allais passer le week-end sans compagne! Puis je me suis souvenu que le vendredi, tu es ouvert jusqu'à 19 heures!

 

  - Tu es arrivé juste à temps ! Ne t'inquiètes pas, nous avons un modèle qui se rapproche de Gabriella qui est disponible! Tu auras une compagne du tonnerre pour ce week-end !

 

  - Merci, vieux. J'aurais déprimé si j'avais dû rester seul.

 

  - Quant à Gabriella, une semaine entière sera nécessaire pour la réparer. A mon avis, c'est un problème de chevauchement de fréquences qui est à l'origine de l'accident. Il faudrait que je puisse examiner ta tondeuse; tu n'auras qu'à me l'apporter lundi, du moins ce qu'il en reste.

 

 - Très bien, Angus. Et encore merci.

 

 

                                                                 *

 

 

  Une demi-heure plus tard, John rentrait chez lui accompagné de Julietta, un androïde à l'apparence d'une superbe jeune femme brune portant une robe incroyablement moulante.

  John, voulant éviter à sa nouvelle amie la vision de la tondeuse détruite, des lambeaux de chairs, de microprocesseurs, et du sang, sur la pelouse du jardin, il la fit entrer dans la maison par la porte de derrière. Aussitôt, une odeur infecte de poils grillés leur emplit les narines.

 

  - Bon sang de bonsoir ! Nonos ! cria John.

 

  Il abandonna Julietta et se précipita dans la salle de régénération. Mais c'était trop tard. Le chien droïde qu'il avait déconnecté avant de le brancher sur la recharge d'énergie, juste avant l'accident de Gabriella, était réduit à l'état d'une carcasse métallique noire et fumante.  Il n'avait plus pensé à l'animal au moment du drame. Nonos était resté trop longtemps en mode de régénération.

 

  - Mince ! J'aurais dû  laisser ce chien allumé ! Il se serait débranché tout seul !

 

  - Allons, allons, on en trouvera un autre, fit une voix douce derrière lui.

 

  C'était Julietta. Elle avait retiré sa robe qui était son unique vêtement.

 

  - Une journée comme celle-là génère beaucoup de stress, John. Je connais un excellent moyen de l'évacuer de manière positive... susurra-t-elle.

 

  Puis elle se dirigea vers la chambre à coucher qu'elle sut localiser grâce à son programme d'intuition.

 

  - Mon vieux Angus, se dit John, béni sois-tu ! Je vais passer un week-end de rêve !

 

  Avant de rejoindre Julietta, John, devant une glace, détacha méthodiquement sa chevelure et la peau synthétique qui couvrait son crâne en métal dont il dévissa ensuite la partie supérieure, dévoilant un enchevêtrement de fils électriques, des circuits imprimés et des puces électroniques.

  Dans le tiroir d'un meuble de la salle de régénération, il trouva une cartouche cylindrique qu'il s'enfonça dans la tête à l'endroit approprié.

 

  - Ma petite réserve d'énergie, au cas où, dit-il en souriant à son reflet dans le miroir.

 

  Puis il referma son crâne, remit son scalp bien comme il faut, et alla rejoindre Julietta.

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Dernière mise à jour de cette page le 26/04/2009

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