Alexandre venait de conquérir l'Asie en un clin d’œil, glaive à la main, monté sur son cheval blanc imaginaire.
Ce jour là, l'Asie se trouvait au fond du jardin.
Alexandre et son armée de courageux guerriers invisibles avaient déferlé sur le continent en quelques secondes, infligeant une sévère défaite à l'alliance extraordinaire, qu'aucun historien n'aurait soupçonné, entre Hittites, Perses, Mongols et Parthes, et taillant en pièce quelques samouraïs ou shoguns qui avaient eu l'imprudence de quitter leur île nippone !
Alexandre planta son drapeau - un chiffon bleu ciel, qui avait longtemps servi à essuyer les meubles, accroché à une longue tige de fer rouillé - juste devant le palais de l'Empereur.
Il entra dans l'abri de jardin en hurlant comme un barbare: " A l'attaque ! "
Mais l'Empereur avait déjà fuit, le lâche, abandonnant sa couronne sur la tondeuse à gazon !
Alexandre s'en empara en criant victoire, glissant son glaive en bois dans sa ceinture.
En sortant du palais impérial, il eut juste le temps d'apercevoir un ennemi qui le visait avec un arc. Le conquérant, rapide comme l'éclair, lança sa dague en plastique qui atteignit le tronc du cerisier. Coup au but ! L'archer venait d'être mortellement touché sans avoir pu décocher une flèche.
Alexandre retira son drapeau du sol et, en signe de triomphe, le fit tourner au-dessus de sa tête. Le vieux chiffon à poussière n'avait jamais aussi bien claqué dans les airs.
Celui qui avait vaincu l'Empereur de l'Asie au fond du jardin remonta sur son cheval qu'il lança au grand galop. Sa cape blanche, tenue par une pince à linge rouge, flottait dans son dos comme un bout de drap de lit en plein vent pendu sur une corde à linge.
Alexandre regagna sa contrée natale et parvint devant le palais de la reine. Il descendit prestement de cheval, nullement épuisé par les terribles batailles qu'il venait de livrer, posa sa bannière contre un mur et entra dans la cuisine où sa mère préparait un gâteau pour quatre heures.
Le grand guerrier présenta fièrement la couronne de l'Empereur de l'Asie à sa reine bien aimée qui arrêta un instant de faire de la pâtisserie. Elle se coiffa de la couronne de la galette des rois du mois dernier et embrassa son fils.
Alexandre, heureux d'avoir remporté une victoire éclatante, s'en alla raconter la conquête de l'Asie à Pompon le chat de gouttière.
Puis, comme il avait une invasion interplanétaire à préparer, il fila dans sa chambre pour vérifier si son escadrille de soucoupes volantes qui ressemblaient à des assiettes en carton enveloppées dans du papier aluminium était opérationnelle.
Alexandre décida qu'il lancerait l'invasion depuis l'Asie, après avoir mangé son quatre heures.
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