Sans titre

  Dix heures et quart samedi soir, je suis assis dans l’évier de la cuisine en train de lire un emballage de sucre glace. Et alors ?

  J’attends depuis un millier d’heures dans le monde vide, à souhaiter des choses impossibles.

 

  Je repense à la lettre que j’ai écrite hier à Elise.

 

  « Un nouveau jour ! C’est vendredi, je suis amoureux ! Comme tu es belle, juste comme le paradis, la fille parfaite, un trésor comme la neige en été !

  Allons faire une promenade dans ce jardin du crépuscule, le jardin suspendu comme un rêve japonais.

  Une fois encore, accordons-nous une dernière danse sous les étoiles, le dernier jour de l’été.

  Si seulement ce soir nous pouvions dormir unis par une chaîne de fleurs, des fleurs de sang, pour l’éternité, hors de ce monde.

  S’il te plaît, dis simplement oui… »

 

  Elise, la fille chenille devenue papillon qui s’est envolée haut dans le ciel, loin de moi, loin de la rue de la Fascination où la nuit, tous les chats sont gris.

 

  Le téléphone sonne, pour la première fois depuis cent ans il me semble. Je me précipite et décroche.

 

-         Allô c’est toi Elise ?

-         Euh bonjour, je ne suis pas chez Harold et Joe, fabricants de toupies ?

-         Non, désolé, vous avez fait un faux numéro.

 

  Pendant dix-sept secondes j’ai pensé que c’était elle…

 

  J’ai froid.

 

   Allons, allons, les garçons ne pleurent pas voyons !  me dit la tête sur la porte.

 

   Mais je sais que c’est un mensonge.

 

   Hey Toi !!! crie-t-elle. Le garçon explosif. Embrasse-moi, embrasse-moi, embrasse-moi.  Juste un baiser. Allons au lit, dans la chambre au dessus.  Je te veux près de moi, frère siamois, ton cœur mis à nu, je m’enfoncerai dans tes yeux, et j’aurai un homme dans ma bouche !

 

  Pornographie. Piège.

  La tête sur la porte n’est peut être pas un rêve finalement. Ce n’est pas un rêve rose. Rose comme le cochon dans le miroir que je regarde.

 

-         Pourquoi ne puis-je pas être moi ? grogne t-il.

 

  Dans le miroir, je me regarde tomber ; et fuir.

 

  Je suis perdu dans une forêt qui brûle ; je serais perdu dans un labyrinthe de cendres.

  Crier…

 

NOTE: texte composé à partir de titres de chansons (traduits en français) du groupe The Cure.

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Dernière mise à jour de cette page le 26/04/2009

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